Prêtre, un beau programme de vie

Lors de sa visite au diocèse de Gênes (27/5/2017), le pape François a recommandé aux prêtres et aux consacrés, le « style de Jésus » : la rencontre avec Dieu et avec les personnes !

Un article d’Anita Bourdin, 27 Mai 2017 © L’Osservatore Romano

Aux prêtres et aux consacrés, le pape recommande le « style de Jésus », non pas une vie « mondaine » ou même de « païens » qui n’attirent pas les vocations, mais une vie de « rencontre » authentique avec Dieu et avec les autres, et toujours en mouvement, jamais « statique ».

Imiter le style de Jésus

A une première question d’un prêtre, le pape répond en recommandant d’imiter « le style de Jésus », avant de détailler par touches ce qu’il entend par là: « Plus nous imiterons le style de Jésus mieux nous ferons notre travail de pasteurs, c’est fondamental ». Car « Jésus était toujours en marche au milieu des gens, de la foule, comme le dit l’Evangile qui distingue: disciples, foule, docteurs de la loi… La plupart de son temps, Jésus le passait sur la route, cela veut dire la proximité avec les problèmes et le soir il se cachait pour prier. »

Il fait observer qu’être ainsi en route ce n’est pas même chose que d’être « pressé » : « Notre vie contemporaine n’est pas sur la route mais pressée, ce sont deux choses différentes… Cette façon folle de regarder la montre, ce n’est pas la façon pastorale. Jésus ne faisait pas cela. Même s’il ne s’arrêtait jamais. »

« La peur la plus grande à laquelle nous devons penser, insiste le pape, c’est une vie statique, une vie du prêtre qui a tout résolu, tout structuré, à sa place », comme par exemple « les horaires » : « J’ai peur du prêtre statique, même celui qui est statique dans la prière… Je prie de telle heure à telle heure… Mais il ne te vient jamais l’envie de passer plus de temps avec le Seigneur? »

Le pape invite à un examen sur le « style » de la vie de chacun : « Le style chrétien ou un style d’entrepreneur? ». Et il redit : « Jésus a toujours été un homme de route, de marche, ouvert aux surprises de Dieu… Un prêtre tout structuré est fermé aux surprises de Dieu et on perd la joie… »

Surtout, le pape recommande de « ne pas avoir peur de cette tension » : « Etre en route c’est un signe de vitalité… Un papa, une maman est exposé/e à cela et vit la tension. Un coeur qui aime qui se donne, est exposé à cette tension… Même les pères du désert avaient cette lutte, cette tension… »

Un style fait de rencontres

Le pape résume : c’est « la rencontre avec le Père et les rencontres avec les personnes » qui font le « style de Jésus », car « dans la rencontre avec le Père et avec les frères il y a cette tension, on doit tout vivre dans cette clef de la « rencontre ». Pas de mur. »

Pour le pape François il y a aussi le danger de « rester auprès du tabernacle mais sans rencontrer le Seigneur », alors il conseille : « Tais-toi, laisse-toi regarder par le Seigneur, dis un mot, écoute. »

Et il propose la même attitude envers les personnes : « La même chose dans la rencontre avec les gens… Celui qui est pressé ne rencontre jamais… »

Il donne l’exemple d’un prêtre, ancien professeur à la retraite, qui a demandé à son supérieur de l’envoyer dans les bidonvilles « avec générosité » et une fois par semaine cet ancien professeur revenait dans sa communauté. Il pensait, raconte le pape : « A ces théologiens, il manque quelque chose. »

Au contraire, le pape François recommande : « Pense à Jésus qui est entouré de la foule et qui dit « quelqu’un m’a touché ». Il ne faut pas trop défendre sa tranquillité. »

Alors il interroge : « Je continue à confesser jusqu’à la fin ou je dis aux gens, je suis désolé, au revoir? Rencontrer les gens, c’est une croix… En paroisse, les drames fatiguent l’âme, mais te portent à la prière, à l’intercession… »

La vie plus que les structures

Pour affiner le discernement, le pape offre un repère : « Un signe que cela ne va pas, c’est lorsque le prêtre parle de ce qu’il fait… en auto-référence : ce n’est pas un homme de la rencontre mais du miroir. »

Il reconnaît qu’un « prêtre qui a une vie de rencontre avec le Seigneur et avec les gens finit la journée « crevé ». Cette fatigue c’est de la sainteté s’il y a la prière. Examinez-vous: est-ce que je suis homme de rencontre, de tabernacle, d’écoute? »

Le pape fait observer qu’il « n’y a pas de formule » : « Jésus avait une claire conscience que sa vie était pour les autres, pour le Père et pour les autres. Jésus se donnait, se donnait. Il était en mission: Je suis envoyé par le Père. »

Puis il ajoute : « Cela fait du bien au prêtre de se souvenir que c’est Jésus le Sauveur, il n’y a pas d’autre Sauveur. »

Le pape donne un autre critère de discernement, d’examen de conscience : « Jésus ne s’est jamais lié aux structures… Si on est trop lié aux structures, il y a quelque chose qui ne va pas. Jésus était lié aux relations. »

Et il cite un prêtre « en cours de béatification » qui souhaitait « le minimum de structures pour le maximum de vie ». (C’était peut-être le père Joseph Kentenich, fondateur des instituts de Schönstatt auquel le pape pensait.)

Et puis, sous les applaudissements, le pape conclut sa réponse en disant : « Ce sont les vieux critères de l’Eglise, qui sont ultra-modernes. »

La fraternité n’est pas cotée en bourse

A la question d’un curé d’une paroisse de 7 000 habitants, sur la mer, à propos de la « fraternité sacerdotale », le pape répond d’abord par une question : « Vous avez quel âge? » « 81 ans ! » « On a le même âge ! Je vous en aurais donné vingt de moins! »

« On ne cote pas en bourse la « fraternité », c’est tellement difficile, c’est un travail de tous les jours », répond ensuite le pape, faisant observer qu’on a « créé l’image du prêtre qui « sait tout » » et que cette réalité « fait du mal à la vie presbytérale », ce qu’il appelle « l’auto-suffisance ». Par exemple, dit le pape, pendant les réunions « je suis en orbite » préoccupé d’autre chose. Il ajoute : « Il faut se demander pourquoi je ne m’intéresse pas à celui qui parle? Il parle de sa vie c’est une richesse pour moi ! »

Pour le pape, la fraternité c’est une « ascèse de la vie sacerdotale » : il encourage à ne pas hésiter à prier ensemble, pour les plus jeunes à jouer au football, déjeuner ensemble car « cela fait du bien ». Il invite à se comporter justement comme on se comporte avec ses propres frères.

Ainsi, « récupérer le sens de la fraternité » c’est une chose « très sérieuse ». Il salue les « discussions » qui surgissent dans les réunions sacerdotales : « S’il y a discussion, il y a confiance, amour, fraternité. »

Il déplore que, lorsque l’on demande des informations aux prêtres, aux fidèles, aux consacrés, sous le secret, sur tel ou tel prêtre pressenti pour une nomination, on trouve parfois « des calomnies » : « On comprend qu’il y a compétition, envie » et il conclut : « S’il n’y a pas de fraternité, il y a trahison… »

« L’ennemi de la fraternité, assène le pape, c’est cela: murmures, jalousies, quand l’idéologie est plus importante que la doctrine, que la fraternité. »

Sans chercher à avoir le dernier mot

Il revient à l’exemple des réunions : « Demandez-vous : combien de fois ai-je écouté des frères prêtres qui pensent différemment ou ne me plaisent pas ? Ou ai-je fermé l’oreille ? »

Il suggère cette attitude : « Je dis ce que je pense et j’écoute les autres, sans chercher à avoir le dernier mot… »

Et puis lorsqu’un prêtre est malade non pas physiquement ni psychologiquement mais moralement il demande : « Mais si ce pauvre est tombé victime de satan, toi aussi tu veux l’écraser? Cela arrive… »

Dès le séminaire

Par ailleurs, le pape recommande de s’habituer dès le séminaire à cette prise de conscience : « Aucun de nous n’est le « tout »… Nous sommes tous partie d’un corps. Cela s’apprend dès le séminaire, c’est très important. »

Pour illustrer son propos, le pape cite le cardinal Giovanni Canestri (1918-2005), qui a été archevêque de Gênes de 1987 à 1995 : il disait quelque chose comme « l’Eglise est comme un fleuve et l’important c’est d’être à l’intérieur », peu importe la place à l’intérieur.

Puis le pape donne cette consigne sévère : « Si vous voyez un bon séminariste mais qui fait des racontars, chassez-le tout de suite, ce sera une hypothèque sur la fraternité sacerdotale. »

Il donne cet autre exemple à l’intérieur des paroisses : « Le curé et le vicaire sont parfois très différents: dans le fleuve l’un est de ce côté l’autre de l’autre, mais l’important, c’est de chercher unité. »

« Les pères du désert nous enseignent sur la fraternité », continue le pape en citant une anecdote de l’un des pères qui dit à ses disciples : « J’ai vu un homme dans la boue jusqu’aux genoux. Des frères voulaient l’aider, ils l’ont enfoncé jusqu’au cou ». Et le pape diagnostique l’effet du « murmure » contre l’autre.

Comment se prémunir du « murmure » ? Le pape propose cette solution : « Se demander: « Combien de fois n’ai-je pas été pardonné? » Cela nous aide. »

Le concret du diocèse

A la question d’une religieuse – « comment vivre notre vie avec une intensité croissante? » – le pape répond par le « concret » du « diocèse ».

Pour le pape, « l’appartenance au diocèse… est ce qui nous sauve d’une foi un peu gnostique ou qui vole en l’air… Le diocèse c’est la part du peuple de Dieu qui a un visage… Le diocèse nous aide à ce que notre foi ne soit pas théorique mais pratique et vous, avec votre charisme, vous êtes un cadeau pour l’Eglise… C’est dans le diocèse que naît le charisme, qui a une origine concrète: quand on pense aux Franciscains on pense à Assise… »

« Cela nous enseigne à aimer les gens concrets de lieux concrets, le caractère concret de l’Eglise c’est le diocèse qui la donne », insiste le pape : « Cela ne tue pas le charisme, mais l’aide à être plus concret, plus proche… Quand l’universalité d’un institut religieux oublie de s’insérer dans les diocèses concrets, cet ordre à la fin oublie où il est né. »

Le pape annonce que l’on travaille à Rome « à un projet sur les relations mutuelles entre religieux et évêques ».

Cultiver la disponibilité

« Un autre aspect que je veux souligner c’est la disponibilité pour aller où il y a plus de risque, de besoin, de nécessité », ajoute le pape : « Je dis (disponibilité pour) toutes les périphéries, pas seulement de la pauvreté, mais aussi de la pensée, toutes… »

Il invite les communautés à s’interroger : « Notre charisme est nécessaire dans ce diocèse? Dans ce lieu du diocèse? » Il recommande : « Etre disponible pour aller au-delà… Ces deux choses sont importantes: le caractère diocésain et la disponibilité pour grandir et s’insérer. »

Un franciscain pose ensuite la question de la diminution des vocations sacerdotales et à la vie consacrée.

« Il y a un problème démographique… S’il n’y a pas de jeunes il n’y aura pas de vocations », répond tout d’abord le pape qui encourage à lire positivement ce phénomène: « A chaque époque on doit voir les choses comme un passage du Seigneur et on doit se dire: « Qu’est-ce qui se passe? » »

Deuxième point, le pape fait observer que toutes les vocations chrétiennes sont touchées : « La crise des vocations touche toutes les vocations, sacerdotales, religieuses, matrimoniales… C’est une crise transversale… Il faut demander au Seigneur : « Que devons-nous faire, que devons-nous changer ? » Il faut chercher une réponse, apprendre à partir des problèmes. »

Oui à la créativité

Le pape invite à la « créativité » dans la pastorale des vocations et au « témoignage »: « Si nous voulons des consacrés, des prêtres, il faut témoigner que nous sommes heureux, de la joie, de la vie. »

C’est pourquoi le pape fustige l’exemple des consacrés qui vivent « comme des païens »: les jeunes « ne viendront pas ».

Il insiste aussi sur le caractère missionnaire qui attire les jeunes : un signe que l’on ne vit pas « pour soi-même mais pour les autres », que l’on « donne sa vie ».

Il évoque le cas d’un collège très riche de Buenos Aires: la maison des sœurs avait besoin d’être refaite, mais elle l’a été « comme un palais de luxe avec une TV dans chaque chambre » : le pape parle de « mondanité spirituelle » car les sœurs disparaissaient dans leurs chambres et regardaient les feuilletons à la TV.

Il reconnaît sans ambages : « Le « crises vocationnelles », nous les avons provoquées », et il invite à « une conversion missionnaire », à une « conversion pastorale ».

Car le pape affirme qu’ « il y a des vocations » mais que parfois « le prêtre n’a pas le temps d’écouter ». Or, « les jeunes sont toujours en mouvement, il faut les mettre en mission. »

Le pape insiste donc ce qu’il appelle la « clef » du « témoignage » pour les vocations, et fait observer qu’ un témoignage qui se fait parfois « sans paroles » et le jeune se dit: « Je voudrais être comme lui/elle. »

« On peut aussi témoigner sans parole » insiste le pape avant d’affirmer la fécondité de l’Eglise: « Le Seigneur est grand et il nous donnera des enfants et des petits-enfants dans nos diocèses et nos congrégations. Allez de l’avant avec courage. »

Il conclut en demandant aux consacrés et aux prêtres de prier pour lui.

A propos de vocation

Le 4ème dimanche de Pâques donne à l’Église de prier pour les vocations, en particulier religieuses et sacerdotales. N’est-ce qu’une courte parenthèse dans l’année liturgique, dans nos priorités pastorales, dans le discernement de notre place de chrétien dans le monde et dans l’Église… ou est-ce l’occasion de poser la question de la vocation un peu plus sérieusement ?

De la difficulté d’en parler

Lors de deux récentes discussions de table, la première avec l’équipe de prêtres et diacre de la paroisse Ste Emilie des Causses, la seconde à la Maison Saint Pierre avec des prêtres et laïques en responsabilité pastorale, j’ai abordé le thème de la vocation. Des questions difficiles, et pour lesquelles le Service Diocésain des Vocations ne peut se targuer d’avoir les réponses – le manque de vocations chez nous l’atteste. Comment appeler à être prêtre ? Qu’est-ce qui peut amener un jeune à se poser la question ?

Les avis recueillis ci-dessous sont contrastés, du fait de la génération, de l’origine, du parcours de vie des uns et des autres, mais ils font entrevoir combien cette question de la vocation est délicate pour tous, voire taboue pour certains ! De fait, y répondre implique un choix radical, que l’on ne peut pas faire à la place de celui qui se pose cette question, mais ce choix personnel suppose aussi la présence d’autrui, l’existence d’une communauté appelante, d’un milieu favorable notamment en famille, des exemples de vies réussies, des prêtres qui soient des témoins probants, alors que l’on sait bien combien la vie – y compris en Eglise – peut être cabossante. La question de la vocation, c’est l’affaire d’un engagement pour la vie, alors que l’absence de visibilité sur l’avenir est bien une caractéristique de la vie de l’Église, tout particulièrement en France, quelles que soient les vocations ; la vocation suppose enfin et surtout une collaboration mystérieuse entre Dieu pour appeler au cœur, et l’Église, aussi bien l’institution que chacun de ses membres, pour interpeller sans peur ! Et sous prétexte que c’est Dieu qui appelle, prier pour les vocations pourrait n’être qu’une excuse à notre timidité à relayer nous-mêmes cet appel…

Osons alors une hypothèse : Et si la difficulté même de la question de la vocation, le fait qu’elle n’aille pas de soi, que ce service de Dieu et de l’humanité, comme prêtre dans l’Église, soit à ce point contre-culturel, à rebours de la frilosité des parents, de la société, voire même d’un grand nombre de chrétiens, et si tout cela était l’indice que la vocation de prêtre est en fait une aventure hors-norme ? Une aventure d’autant plus risquée et ouverte que la manière d’être prêtre pour le XXIème siècle reste à inventer ; un « métier » de folie, parce que le bien qu’il produit n’est tangible que dans un regard de foi ; une vie dont la fécondité ne dépend, pour le meilleur et pour le pire, que de la vérité de la relation nouée avec Dieu et avec les autres ; une radicalité assumée qui permet au sens propre d’aimer dans ce que cela peut avoir de plus déraisonnable, c’est-à-dire de « tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux) ?

Certes, le respect de la liberté d’un jeune – ou d’un moins jeune – en recherche, doit nous prévenir de le déterminer dans une voie qui pourrait ne pas lui convenir. Mais au-delà de cette recherche d’une convenance, de ce qui lui apporterait davantage, de ce qui serait son intérêt (« que dois-je faire pour avoir… ? » Mc 10,17) le plus grand service à rendre à un jeune est bien celui de le croire capable d’un don total, définitif et absolu – parce qu’ayant Dieu pour ultime destinataire -, quel que soit le mode de ce don : à travers une personne par le mariage, une communauté par la vie consacrée ou religieuse, une Eglise locale par un service ou un ministère ordonné. (« va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mc 10,21) Ne pas en être convaincu, croire que la vie ne serait faite que de petitesses, d’engagements partiels, temporaires, réversibles, où l’on ne ferait que se prêter au jeu sans réellement tout risquer par amour, voilà qui serait si prudent et si désespérant à la fois. Et c’est donc à contre-courant que l’Église a l’audace de proposer l’indissolubilité du mariage, les vœux religieux définitifs, et le lien d’incardination d’un ministre ordonné au diocèse qu’il veut servir de toute sa personne.

p. Raphaël Bui
(SDV 12)

Libres paroles sur la vocation

p. André (74 ans) : J’ai vécu dans un milieu chrétien, avec des parents qui avaient le sens de la relation avec le Seigneur. Nous avions la prière en famille. J’ai regimbé quelques fois. Mais il y a eu un curé pendant mon enfance et ma jeunesse, quelqu’un de très original, très intelligent. Après, au petit séminaire, j’ai eu un professeur qui m’a beaucoup marqué en tant que prêtre. Puis, j’ai connu des laïcs engagés. Cela a été le déclic. « Pourquoi ne pas aller dans ce sillage-là, comme prêtre ? » On parlait de témoignage, de foi rayonnante. Je l’ai trouvé à travers ces gens-là. Il y avait la pratique, l’engagement, le témoignage, la cohérence entre leur parole et la mise en œuvre de cette parole dans leur vie.

p. Christophe (40 ans) : Dans ma famille, on a toujours bien accueilli les prêtres, et de les voir vivre, de les voir prier, naturellement, je savais comment ils vivaient et je pouvais me projeter. Une des difficultés actuelles est que les jeunes ne voient pas autant comment vit le prêtre. Par rapport aux vocations aujourd’hui, c’est important que les prêtres puissent partager la vie des familles ou retrouvent une certaine proximité avec la jeunesse. Nous avons un énorme travail à faire. Pour moi, ce qui a beaucoup compté, c’est le renversement dans mon cœur, le jour où j’ai cessé de réfléchir à ce que moi, j’avais envie de faire de mon avenir, pour me poser une autre question, plus décentrée : « où est-ce que je pourrais être utile ? le plus utile à cette génération ? » Et bien je me suis dit que le monde a besoin de prêtres et je me suis engagé sur ce chemin. Devenir prêtre ou diacre, c’est accepter de ne pas « me servir » dans ma vie, rechercher mon bien personnel. Je peux faire de ma vie quelque chose de bien, je peux faire de ma vie un don et un service. Et cette générosité là, elle est splendide, magnifique. Pour l’appel, systématiquement, chaque fois que je vois un jeune pratiquant, qui est attaché à la paroisse, ou qui a un certain goût pour l’Eucharistie, je m’oblige à lui poser la question de la vocation de prêtre. Mais je ne le fais qu’une fois. Je n’insiste jamais. C’est mon devoir de prêtre, au nom du Christ, d’appeler des serviteurs, des hommes au service de l’Evangile. Je les appelle donc systématiquement, mais une fois. C’est ma règle. L’appel a résonné. Après, cela appartient à Dieu et à la liberté du jeune. Dans les aumôneries, les lycées, on rencontre beaucoup de jeunes. Je crois qu’à tous les garçons dans mes groupes, je leur ai posé la question. Une des difficultés pour la jeunesse : quel que soit le chemin choisi, même s’il paraît merveilleux dans un premier temps, la vie est une affaire de persévérance, d’aller jusqu’au bout. Qui doit appeler ? Est-ce que ce sont les prêtres qui doivent appeler eux-mêmes les jeunes au ministère ? Est-ce que l’évêque a une responsabilité d’appeler lui-même les jeunes de son diocèse, pour servir l’Église ? Est-ce que ce sont les parents ? L’appel peut venir de différents endroits, des communautés croyantes, des laïcs, qui appellent, eux, des jeunes, à devenir prêtre pour servir la communauté. Pour le diaconat, ça marche. Mais je ne l’ai pas encore trop vu fonctionner pour des prêtres. La vocation pour être prêtre diocésain ou diacre, c’est être prêts à servir le Christ, mais attachés à un territoire pour la mission. L’Aveyron donne toujours des jeunes qui se préparent à être prêtres, mais l’attachement au terroir fait défaut, les jeunes préférant l’option d’un ministère plus gratifiant, en ville, avec des jeunes plus nombreux. Cette question est cruciale pour nous en Aveyron aujourd’hui. D’autre part, l’Église change beaucoup et la mission du prêtre est aussi amenée à changer – on ne sait pas ce que sera son ministère dans 10 ans. Pour appeler, c’est bien là un problème. On voudrait appeler parce que l’on croit au ministère du prêtre, mais ce que l’on a à proposer est flou. On a besoin que notre diocèse – et peut-être que le synode va servir à ça – puisse projeter sur les 15 ou 20 ans ce que sera le ministère ou la vie du prêtre et du diacre. Un jeune a besoin de grands idéaux, mais il a aussi besoin de clarté.

p. Gérard (79 ans) : Demander à un enfant qui rentre en 6ème s’il a la vocation [comme on l’a fait pour ma génération], cela me paraît absurde. C’est à des laïcs qu’il faut poser la question, et qu’ils aient 30 ans, 40 ans, 50 ans, 80 ans même. Adulte, j’ai répondu à la question, car à 30 ans, j’ai pris une option : je suis allé au boulot. Même à l’époque, il y avait peu de classes ouvrières, de travailleurs manuels. J’ai cru que l’on pouvait faire fonctionner les deux choses à la fois, être prêtre et ouvrier. Le travail, j’ai voulu faire le pari que ça pouvait être compatible avec une responsabilité d’Eglise. Je ne suis pas sûr d’y être arrivé… parce que l’Église nous a ignorés. Les évêques n’y ont pas cru. Même quand j’ai été nommé vicaire aux Quatre Saisons, ce n’est pas l’évêque qui m’a nommé. C’est le supérieur du séminaire. Là, l’Église n’a pas été médiatrice de manière correcte.

Jean-Pierre (diacre, 66 ans) : Pour un diacre, c’est différent, car notre premier engagement commence par la vie professionnelle, la vie de couple. C’est déjà ce service-là qui conduit à servir l’Église. Très tôt, quand j’ai commencé à travailler, je me suis senti « appelé » au service des autres. J’ai commencé dans le syndicalisme, dans le monde associatif. C’est après tout cela que j’ai été appelé dans l’Église, parce que, lorsque mes enfants ont commencé à faire du catéchisme, je me suis dit : « Il faut que je les l’accompagne. » Et c’est comme ça que petit à petit, j’ai été appelé au service de l’Église. Deux personnes m’ont appelé : « Est-ce que tu as pensé un jour au diaconat ? » De moi-même, je ne me suis pas senti avoir la vocation à devenir diacre. Mais à un moment, je me suis dit : « Tu as reçu quelque chose, à ton tour de donner maintenant. » Aujourd’hui, nos assemblées reçoivent beaucoup, mais est-ce que l’on est prêt à donner ?

p. Andrew (44 ans) : Quand j’étais petit, c’est ma maman qui m’a encouragé à devenir prêtre, mais elle ne m’a jamais forcé. C’est moi qui ai choisi de devenir prêtre. Je ne le regrette pas, j’en suis ravi. Je trouve que c’est la vocation de servir mieux les hommes et Dieu. En Inde, jusqu’à maintenant, il n’y a pas vraiment de problème de vocation. Pour cela, les parents doivent non pas forcer, mais encourager. Il faut parler de Dieu en famille. On ne doit pas éviter de parler du Christ, les uns avec les autres. En Inde, le curé a une bonne relation avec les enfants de chœur qui le restent jusqu’à 16 ou 17 ans. Alors, c’est plus facile pour encourager.

p. Leo-Dominic (49 ans) : La vocation est unique pour chaque personne. Pendant les vacances, quand j’étais au lycée, on m’a proposé : « est-ce que tu veux devenir prêtre ? » par l’intermédiaire d’un catéchiste de notre paroisse. J’ai envoyé une lettre à mon évêque. C’est comme ça ma vocation. J’ai ressenti ce que rappelle l’Evangile : « Venez et voyez. » Mon père m’a alors donné un conseil : ce n’est pas très important d’entrer au séminaire. Mais une fois la décision prise, il faut être très fidèle à sa vocation, ne pas tourner la tête en arrière – comme au labour. Il faut aller de l’avant. La messe et l’Eucharistie, sont une vraie source pour notre vocation, pour le sacerdoce. Parce que celui qui vraiment assiste ou participe à la messe, découvrira très facilement sa vocation.

…et voici d’autres interviews à la Maison Saint Pierre :

Agnieschka : Ce qui permet d’appeler des jeunes à être prêtre, c’est que les prêtres montrent leur enthousiasme, leur bonheur d’être prêtres.

Marie-Odile : Que les prêtres soient de leur temps, avec un temps d’avance sur tout ce qui se passe dans la vie. Qu’ils vivent la fraternité, qu’ils soient vraiment en communion avec les gens, très relationnels, proches des familles, pour que ça donne envie de vivre cette fraternité : « Moi je pourrais y aider ». Ce qui aide un jeune à se poser la question d’être prêtre, c’est de voir un prêtre heureux dans ce qu’il fait, dans ce qu’il est, heureux quand il se retrouve dans une messe des jeunes, heureux quand il organise un rassemblement, heureux le dimanche quand il est interpellé à la sortie de la messe, heureux même s’il se fait assassiner en pleine rue parce que des paroissiens ne sont pas contents !

p. Bernard (75 ans) : Moi, je témoigne que je suis heureux, je dis aux jeunes que je suis un homme heureux, que notre vie de prêtre veut traduire une fraternité.

Grâce : Comment est-on proche des familles, pour qu’elles aient l’idée : « après tout, pourquoi pas ? » Cela revient à tout le monde d’inviter un jeune à se poser la question de la vocation. C’est-à-dire aux animateurs, aux prêtres, aux parents effectivement. Comment nous adultes, sommes-nous capables d’être auprès de ces jeunes, de les accompagner, pour leur dire : « oui, tu peux, fonce ! » Plutôt que « ça ne va pas ? Tu n’es pas fou ? Tu ne peux pas faire ça ! » Le p. Emile Puech, un Jeudi Saint, nous a parlé des vocations, du manque de prêtres, et puis il s’est adressé à tous : « Parmi vous, parents qui êtes là, quels sont ceux qui un jour ont osé se poser la question : est-ce que je pourrais proposer cela à mon fils ? » Tout le monde s’est regardé. Alors, pourquoi les parents, on n’ose pas se poser cette question ?

p. Guy : En 44 ans de sacerdoce, ça ne m’est jamais arrivé de poser cette question à un jeune ! Comme le disent les évêques, il faut « prier pour les vocations ».

Christine : Si on lance des appels en général, ça ne marche pas. Il faut aussi que ce soit senti, que l’on connaisse bien le jeune, que l’on aille vers quelqu’un chez qui déjà on a pressenti…

Le témoignage d’un futur prêtre, Manoj Visuvasam

(Manoj, 33 ans, sera ordonné prêtre, dimanche 25 juin 2017 en la Cathédrale de Rodez)

Je m’appelle Manoj, diacre, venant de l’Inde. Ma famille est très chrétienne. On est 4 dans la famille. Ma petite sœur aussi est religieuse en Inde. Mes aînés sont mariés avec des enfants. Maman, Papa, sont très attachés à l’Église, aux prêtres, aux religieuses, à l’Eglise. Ils prient le chapelet tous les jours, dans une petite chapelle. Mon papa est sacristain jusqu’à maintenant depuis 35 ans. Quand il n’était pas là pour prier le chapelet le soir, je le remplaçais. Quand j’étais petit, un prêtre nous a beaucoup encouragés et nous a toujours accompagnés. C’est lui qui a semé la graine de ma vocation. Je la lui dois. Très gentil, très proche des gens, quand il prend une décision, il la tient. Je vois la sainteté à travers lui. On peut dire que grâce à lui, j’ai désiré être prêtre. Ensuite, j’ai fait des études, au séminaire. Mon père m’a toujours encouragé. Je ne suis pas très doué pour les études, mais petit à petit, j’ai amélioré mon anglais. Sinon, à la base, ce sont mes parents qui m’ont donné la foi chrétienne, qui m’ont toujours accompagné, mené à l’Église, presque tous les soirs.

Je pense que pour la vocation, ça naît dans une famille, si quelqu’un est bien entouré dans sa famille… Certes, ça peut arriver avec le caté, les rencontres, mais pour moi, la famille est la source des vocations. Ici, il y a cependant des séminaristes qui ont des parents qui sont moins accrochés à l’Église, mais un événement dans leur vie, a changé, bouleversé leur vie. C’est aussi très enrichissant, comme le catéchuménat. J’accompagne ainsi une catéchumène, qui était la seule dans sa famille à venir à l’Église. Ce n’est pas facile, mais très enrichissant.

Dans un contexte peu religieux, il y a ainsi une analogie entre la pastorale des vocations et le catéchuménat.

Par exemple, qui appelle ? Il faut d’abord se sentir appelé personnellement. Le catéchumène se sent appelé à être baptisé, et il frappe à la porte de l’Église. Dans mon cas, j’ai vu quelqu’un [un prêtre] très gentil, un modèle de sainteté. Je voulais l’imiter comme ça. Je pense que ça se ressent personnellement, et puis ça devrait être bien encadré à l’Église, comme un accompagnement au catéchuménat. Un accompagnement par les familles, l’Église, la paroisse, les prêtres. Il faut se sentir personnellement appelé. Après, il faut quelqu’un pour aider, extérieur à la famille, par exemple un prêtre, un religieux, une religieuse.

Un conseil pour mieux accompagner quelqu’un qui ressent cet appel : faire goûter notre expérience, comment vit un prêtre, la pastorale, comment il accompagne les autres. Parfois, le prêtre est très pris, et cela inquiète les jeunes. Les prêtres courent à droite et à gauche. C’est notre manière de vivre, mais ce n’est pas facile dans notre situation. Il ne faut pas désespérer non plus. Je m’inquiète un peu, car on ne parle pas très souvent de vocations avec les jeunes. La vocation, ça ne leur parle pas beaucoup. Il faut continuer. Le rapport des jeunes avec l’Église n’est pas très fréquent comme en Inde où c’est tous les dimanches. Ici, on est très pris par beaucoup de choses. Il faut accompagner, parler.

Je ne vois pas de différence entre le fait d’être prêtre en Inde et en France, c’est la même vocation, mais il faut continuer de s’adapter à la culture. La pastorale est différente, mais ce qui m’inquiète c’est surtout que l’on n’est pas très proche des gens, pris par les rendez-vous, les travaux pastoraux… ce n’est pas très convivial, c’est très administratif. Aussi, j’essaie d’être plus proche des gens. Ça pourrait changer pour les vocations. Quand je montre aux jeunes que je suis très pris, à droite à gauche, au bout d’un moment, ils se disent : être prêtre, est-ce que ça rend heureux ? C’est inquiétant si on doit courir partout. Il faut montrer aux jeunes qu’être prêtre ce n’est pas seulement des rendez-vous mais ça nous rend heureux !

Disciple-missionnaire, selon des jeunes prêtres

A l’occasion de leur session de formation permanente, des « jeunes prêtres » (ordonnés depuis moins de 5 ans) des provinces de Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Poitiers, témoignent de ce que signifie pour eux être « disciple-missionnaire », selon l’expression du pape François dans son exhortation apostolique « Evangelii Gaudium » n°120 (2013)*

Interviews réalisés à la Cité Saint Pierre (Lourdes), le 3 mai 2017, en vue du Dimanche des Vocations (4ème dimanche de Pâques – 7 mai)

* « En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20). Et nous, qu’attendons-nous ?« 

La joie d’être prêtre

En lien avec la journée mondiale de prière pour les vocations – chaque année le 4ème dimanche de Pâques (dit du « Bon Pasteur ») – voici quelques témoignages de jeunes prêtres (JP) des provinces de Toulouse et Montpellier – i.e. de la future nouvelle grande région – réunis à Monteillas-las-Illas (Pyrénées Orientales) pour leur session de formation de « JP »…


La joie d’être prêtre par quelques jeunes prêtres interrogés par le p. Raphaël Bui

Appeler à devenir prêtre

Appeler à devenir prêtre

Réflexions sur la responsabilité de tous dans l’appel au ministère presbytéral

Ne nous le cachons pas, il est difficile aujourd’hui d’appeler un jeune ou un adulte à devenir prêtre. En moins de deux générations, l’affaiblissement de la place du prêtre dans la société – et peut-être aussi dans l’esprit de certains chrétiens ne voyant en lui que l’homme des sacrements, voire des obsèques -, le caractère exceptionnel d’un tel état de vie, du fait du célibat et d’un style de vie en rupture avec la société (deux éléments qui peuvent marginalement attirer certains tempéraments valorisant cette rupture), la diminution du nombre de prêtres en France, la surcharge qui en résulte pour ceux en activité, les qualités requises pour être responsable de communauté, la longue formation qui y prépare… mais aussi une image dégradée par des scandales comme celui de prêtres pédophiles, tout cela fait de la vocation presbytérale une sorte d’anormalité. Des amis chrétiens confiaient récemment que pour bien des gens de leur entourage, le « coming out » homo d’un fils choquerait moins que l’annonce d’un désir de devenir prêtre !

Et s’il pouvait être « normal » d’appeler à devenir prêtre ?

Être prêtre n’est certes pas un métier comme les autres, mais il est possible d’en parler à l’aune de critères utilisés pour juger d’autres métiers. Une enquête 2011 de l’université de Chicago sur l’indice de satisfaction professionnelle aux Etats-Unis, place les hommes d’Eglise – « clergy » – en 1ère place dans le classement des métiers qui rendent le plus heureux, devant les pompiers, les kinésithérapeutes, les écrivains, les éducateurs spécialisés…  Sont invoqués par ces heureux professionnels des critères de satisfaction autres que le salaire ou le pouvoir, mais fondés plutôt sur la force et la qualité des relations liées au métier, le fait que le métier ait du sens, qu’il soit utile et que la personne qui l’exerce puisse s’y engager à fond. Certes, il s’agit des Etats-Unis où le prêtre n’a pas le même statut qu’en France, mais les critères restent les mêmes. La vie d’un prêtre – français ou américain – est profondément relationnelle, reliée à Dieu et à l’humanité, équilibrant action et contemplation, vie sociale et solitude, vie spirituelle et service d’autrui, approfondissement de la foi et annonce de celle-ci, réception et transmission de la grâce : c’est de fait un métier magnifique, ce dont nous, prêtres, ne témoignons pas assez, par pudeur, respect humain ou… activisme.

Mais cette approche en terme de métier ne suffit évidemment pas, et pourrait même verser dans le travers contemporain, à la fois individualiste et libéral, où tout ne serait finalement que recherche d’un accomplissement ou d’un épanouissement personnel, c’est-à-dire centré sur soi, et où le service d’autrui ne serait en fait qu’une manière de se réaliser, de se rechercher, de viser son propre bonheur.

Un engagement d’amour

Ëtre prêtre est en réalité une vocation, un engagement-d’amour-pour-la-vie, où la décision de devenir prêtre relève d’une liberté qui est moins d’initiative (partant de soi), que de consentement (à l’initiative d’un autre). Il s’agit moins de vouloir ou de désirer être prêtre, que de répondre à un appel du Christ antérieur à toute décision, un appel qui prolonge et spécifie l’appel adressé à tout baptisé d’être « saint », c’est-à-dire de laisser le Christ vivre en lui, de donner à sa suite sa vie par amour de Dieu et des hommes, et par là de réenchanter le monde. Pour le prêtre, cela suppose d’être disponible à servir, « si Dieu le veut et si l’Eglise l’appelle ».

Le décentrement que cela suppose peut sembler hors-norme, alors qu’il est en fait commun à toute vocation. Ainsi, contrairement à la formule consacrée (qui n’est d’ailleurs plus celle du rituel du mariage), un fiancé ne « prend » pas une femme pour épouse, mais il la « reçoit », ce qui sous-entend que la demande de cette dernière : « veux-tu être mon mari ? » soit antérieure au « oui, je te reçois comme épouse » que son fiancé lui dit ensuite. En tout engagement d’amour, tout se passe comme si l’amour de l’autre était donné gratuitement et antérieurement à l’engagement que l’on prend à son égard, en réponse à cet amour inconditionnel.

De même, être prêtre, c’est pour un chrétien une réponse possible à la question inhérente au baptême – de par la conversion que le baptême suppose ou à laquelle il dispose : « comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » (Ps 115) Se découvrir infiniment aimé de Dieu, inconditionnellement, sans réserve, jusqu’au don que le Christ fait de sa vie, implique de se savoir appelé à faire de sa vie une réponse à cet amour. C’est l’appel universel à la sainteté.

L’appel de l’Eglise

Qu’est-ce qui fait alors que pour certains, cet appel général se traduise en appel particulier à donner sa vie à l’Eglise, pour à travers elle servir Dieu et les hommes ?

L’analogie du mariage peut être éclairante, car c’est l’appel que l’Eglise adresse à un homme : « veux-tu me consacrer ta vie ? » qui est susceptible de susciter son consentement. C’est alors la vitalité d’une communauté chrétienne, l’amour évangélique dont elle vit déjà et dont un de ses membres a fait l’expérience préalable en son sein, qui donne force à l’appel qu’elle lui adresse pour servir cette vie en Christ, à vivre le don total de sa vie à l’Eglise, comme collaborateur de l’évêque, membre d’un presbyterium, pasteur attentif aux fidèles de l’Eglise et missionnaire à l’égard de tous. Cela requiert un sacré désintéressement de la part de cette communauté, de ceux qui appellent, car on n’appelle pas pour soi, mais pour un service d’Eglise au-delà de la communauté qui appelle.

La désacralisation du prêtre évoquée au début de cet article, peut être alors le préalable à une consécration qui ne soit pas la mise au pinacle d’un projet ou d’un parcours certes généreux ou extraordinaire – au risque de n’être que personnel voire individuel – mais la mise en œuvre d’un projet ecclésial dont l’Esprit Saint est le premier acteur, où le « oui » d’un homme serait relatif à l’appel que lui adresse l’Eglise (c’est-à-dire n’importe quel membre de la communauté chrétienne, avant que l’évêque authentifie cet appel), où l’audace d’appeler aurait autant d’importance que celle de répondre, où serait couronné le souci porté par tous, et non des seuls pasteurs, d’ « appeler des ouvriers pour la moisson ».

A l’inverse de ce que certains disent pour penser le célibat du prêtre, le prêtre n’est pas plus « marié » à Dieu que ne l’est tout chrétien, car l’alliance avec Dieu se réalise dans le baptême, qui greffe l’homme au Christ, qui l’y plonge tout entier. Mais, ce sont des épousailles que le prêtre vit avec l’Eglise, vécues librement, fidèlement, pour toujours et pour donner la vie, et auxquelles convient son célibat, nonobstant ce qui a pu ou pourrait varier dans la discipline de l’Eglise à cet égard.

Être pierre d’Eglise

La veille de mon ordination diaconale, une fillette de mes amis me demandait ce que c’était qu’une ordination. Lui répondant que c’était comme un mariage-avec-l’Eglise, elle me redemanda : « Comment tu vas l’embrasser, l’église ? Tu monteras sur une échelle ? » Je lui répondis dans le sens de ce que j’avais lu dans Ma vocation, le beau livre de Jean-Paul II, que ce moment serait celui de la grande prostration, visage contre le sol pour l’embrasser, pour signifier le lien indissoluble reliant le prêtre à une terre, à une culture, à une portion d’Eglise, pour faire corps avec cette terre, être pierre d’Eglise, non pas clé de voute en haut de l’édifice, mais à ras le sol, pour qu’en s’appuyant sur nous, les autres s’élèvent plus haut.

Jeudi Saint, 28 mars 2013

p. Raphaël BUI

Service Diocésain des Vocations

L’année sacerdotale en Aveyron

Le pape Benoît XVI avait décrété pour 2009-2010, une « année sacerdotale… pour favoriser cette tension des prêtres vers la perfection spirituelle dont dépend avant tout l’efficacité de leur ministère… pour faire comprendre toujours plus l’importance du rôle et de la mission du prêtre dans l’Eglise et dans la société contemporaine. »

Cette année s’est conclue en beauté par le « Dimanche Diocésain Autrement », le 27 juin 2010, avec l’ordination de Florent Dixneuf, le forum de l’Eglise – avec des échanges de pratiques, et le stand remarqué de la vie religieuse ! – mais aussi de multiples jubilés dont celuis des 20 ans d’épiscopat de Mgr Bellino Ghirard. Les jardins de l’évêché transformés en aire de pique-nique géant, une cour fourmillant d’idées et de projets pris dans les filets de la pastorale, des jeunes rassemblés pour l’occasion à Saint Pierre, une cathédrale comble : c’était l’Eglise, telle qu’elle est et aime se donner à voir !

Pour l’occasion, le Service des Vocations a interviewé plusieurs dizaines d’enfants, de jeunes, mais aussi de prêtres pour réaliser la vidéo ci-dessous (8’34), sur ce qu’est un prêtre, et qui a inauguré l’ordination de Florent :


Être prêtre, qu’est-ce ? par leahparbui12

Le Service des Vocations a aussi publié chaque mois de l’année sacerdotale 2009-2010 dans les journaux paroissiaux Chez Nous une page sur un aspect de la vocation du prêtre, à partir d’un portrait biblique :

ABRAHAMUn aventurier de la foi
JACOBPère par delà la faiblesse
MOÏSENourricier pour son peuple
SAMUELA l’écoute de La Parole
DAVIDFamilier de Dieu
JONASTémoin malgré lui
JEREMIELe souci de son peuple
MARIEFaire grandir le Christ
PIERREServiteur de l’unité
MARTHE ET MARIEFraternité et service d’amour

Quelques infos sur l’Aveyron en 2009

Dieu a besoin de chrétiens vivant à fond leur baptême, qui se donnent à la manière du Christ, dans un engagement total pour l’amour de Dieu et pour l’amour du prochain. 1756 baptêmes ont été célébrés dans le diocèse de Rodez en 2008.
Dieu a besoin d’époux chrétiens acceptant que leur amour soit le signe de l’amour fidèle, indissoluble et fécond dont Il aime l’humanité. 546 mariages ont été célébrés en 2008.
Dieu a besoin de religieux, de religieuses, de consacrés qui signifient par leurs voeux que l’argent, la sexualité, le pouvoir n’ont de sens qu’en vue du Royaume, et que Lui seul suffit.
Dieu a besoin de diacres pour être des hommes du seuil, hommes d’Eglise et hommes au milieu des hommes ; pour que « servir » ne soit pas seulement affaire de générosité ou de talent, mais réponse à une mission, en Eglise. Jean-Pierre Flak a été ordonné en 2008 pour rejoindre les 11 autres diacres permanents du diocèse. Les dernières ordinations de diacres permanents datent de 2000 (1), 2002 (2), 2003 (2), 2007 (1).
Dieu a besoin de prêtres, pour être signes du Royaume par les sacrements (moyens ordinaires de sanctification), l’enseignement (prédication, témoignage) et le service du peuple de Dieu. Bernard Molinier a été ordonné prêtre en 2008. En 2009, Florent, séminariste en 5ème année de séminaire, vient d’être ordonné à Millau diacre en vue du ministère presbytéral. Le diocèse de Rodez prend aussi en charge les études de Jubilee, en 4ème année de séminaire à Chennai (Inde).

En 2009, le clergé aveyronnais compte 232 prêtres, dont 135 en activité dans le diocèse. 25 prêtres ont moins de 60 ans, et parmi eux, 11 moins de 45 ans. Leur moyenne d’âge est de 76 ans. Au 1er janvier 2007, la moyenne d’âge des prêtres diocésains était de 75 ans et 2 mois.

Les dernières ordinations de prêtres diocésains datent respectivement de 2008 (1), 2007 (1 pour le diocèse de Hanoï), 2006 (1), 2003 (1), 2002 (2), 2000 (1), 1992 (1), 1988 (2).

Ci-dessous la pyramide des âges au 1/12/2005 et au 1/12/2007.

Pyramide des âges 2005